Balancer c’est bien, éduquons maintenant

Affaire Weinstein, faisant sortir du bois d’autres femmes agressées par des prédateurs planqués derrière leur pouvoir, libération de la parole avec le #metoo, mise en place d’un numéro « anti-relous »… L’actualité met un coup de projecteur sur les violences faites aux femmes.

C’est la fin du silence. Le silence pudique ou accablé, glaçant ou honteux. Le silence est mort, vive le débat ! Je ne peux que me réjouir de cette libération de la parole. C’est sans parler de 2-3 petites choses qui me chiffonnent un peu avec ces histoires de hashtags et de numéro anti casse-burnes.

#balancetonporc

J’ai un problème avec ce terme de « porc ». D’abord parce qu’il induit un côté « chasse aux sorcières » qui pourrait appuyer la croyance de certains que les luttes féministes sont menées par des harpies qui méprisent les hommes. Il pourrait effrayer, ceux qui pourtant sont contre ce qu’il dénonce.

Outre l’agressivité du mot, celui-ci tend à mettre à part les agresseurs ou harceleurs sexuels dans une catégorie : celle des « porcs ». Un violeur, ce n’est pas monsieur tout le monde, c’est un porc. Un homme à part, un pervers, un malade, un sale type dégueulasse.

C’est négliger que beaucoup d’agresseurs sont des monsieur tout le monde. Comme vous pourriez le lire sur le site Je connais un violeur : ce sont des voisins, des petits copains, des collègues, des potes… Pas seulement des prédateurs. Le pire, c’est que beaucoup d’entre eux ne se rendent même pas compte qu’ils font quelque chose de mal.

C’est classer les agresseurs dans une catégorie à part et ne voir qu’une partie du problème. Arrêtez de penser qu’une agression sexuelle c’est dans une ruelle sombre avec un psychopathe.

Donne-lui le 06 44 64…

Cette histoire de numéro anti-relous m’interroge aussi. Je salue l’initiative parce qu’elle a fait du bruit et qu’elle alimente la médiatisation du harcèlement et des agressions. C’est un pas en avant, bien que je ne sache pas si les messages reçus par lesdits relous les aient fait réfléchir.

En revanche, il y a une chose qui me chatouille : pourquoi un numéro à donner quand on n’a pas envie de donner le sien ? Si je ne donne pas mon numéro, il va se passer quoi ? Le fait de donner ce putain de 06 est motivé par la peur. La peur de la réaction du mec si on lui lâche pas notre phone. Ce n’est qu’une ruse.

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Le comble, c’est que la ligne a été interrompue suite à des menaces envers les initiatrices du projet. La lutte contre le harcèlement, victime de cyber-harcèlement, a cédé. C’est un pas d’envoyer un message à un mec pour lui faire comprendre qu’il s’est mal comporté. Mais ce pour quoi on doit se battre, c’est la liberté de ne pas donner son numéro. 

Des croyances bien enracinées

On banalise des atteintes à l’intégrité physique depuis le plus jeune âge. Déjà en primaire, on se faisait toucher les fesses ou les seins. Les garçons trouvaient ça drôle et les adultes prenaient ça pour du touche-pipi entre gamins. Rien de grave. On laisse de jeunes garçons qui deviendront grands croire que c’est pas grave de toucher le corps des filles. Et les filles commencent à intégrer ce à quoi on les éduque : être des proies.

Balancer, c’est ouvrir le débat et c’est une excellence chose. Mais il s’agit d’un problème de fond ancré par toute une éducation, par l’histoire, par notre société, les médias, la publicité ou le cinéma. Eh, mais ce serait pas une petite agression sexuelle traitée tranquillement avec légèreté, dans ce James Bond ? Ou serait-ce un flagrant délit de propagande de l’idée merdique qu’une femme aime être prise par la force ?

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Y’a rien qui vous travaille, là ?

Les hommes qui commettent des violences sexuelles ne sont pas une catégorie à part des autres : ils partagent un système de croyances malheureusement trop répandu, auquel notre société les programme. Ca va de « imposer son désir aux femmes rend séduisant à leurs yeux » à « les hommes ont un appétit sexuel débordant qu’ils doivent satisfaire » en passant par « la séduction, c’est justement de ne pas poser la question. » Et tout un ramassis de conneries qui alimentent la culture du viol. Il faut déprogrammer.


Vous balanciez ? J’en suis fort aise.

Et bien : éduquez maintenant. 

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