Et si vous étiez féministe sans le savoir ?

Il y a encore un an, j’avais une définition assez vague de ce qu’était le féminisme. Peut-être la même vision nébuleuse et restreinte que beaucoup de gens : celle d’une horde de harpies prêtes à émasculer les hommes ? 

Le féminisme, un mot qui fait peur.

C’est comme s’il y avait une méprise sur le terme « féminisme ». C’est connoté « pro-femme », traduisez « castratrice ». Si on posait la question « tiens, tu es pour l’égalité entre les sexes, toi ? » on nous répondrait « oui ». Mais à la question « tiens, tu es féministe, toi ? », la majorité des gens – hommes ou femmes – répond que non. Le féminisme est connoté négativement. Peut-être qu’il faudrait parler « d’anti-sexisme » pour ne pas braquer son interlocuteur d’entrée de jeu ?

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Ce que les gens imaginent quand on dit « féministe ».

Le féminisme, un mot qui fait peur. On partage certaines de ses convictions mais on hésite à s’en réclamer. C’est peut-être à cause de certains clichés qui ont la peau dures : les féministes détestent les hommes, ne s’épilent pas, n’aiment pas le sexe, veulent conserver leurs « privilèges de femme » en accaparant ceux des hommes. Elles sont hystériques, frustrées, moches ou mal baisées. C’est aussi parce ce que les gens en retiennent les associations les plus médiatisées, comme les FEMEN. Sur l’agressivité ou l’hystérie qu’ils ont pu percevoir dans leurs happenings hyperscénarisés, beaucoup se sont forgé une caricature du féminisme tout entier.

Si les femmes ont le droit de voter, d’avorter ou d’exercer une profession sans l’autorisation de leur mari, c’est grâce à des féministes qui se sont battues pour ces droits. On pourrait presque croire qu’être féministe, à l’époque, était tout naturel ! Sauf qu’à aucun moment de l’histoire le féminisme n’a été un mouvement majoritaire. Ni aujourd’hui, ni à l’époque des Suffragettes ou du Manifeste des 343. Les revendications féministes ont toujours été décriées, moquées ou réprimées.

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En fait, le féminisme c’est quoi ?

Et si on allait un peu plus loin ? En faisant des recherches, j’ai découvert que le féminisme était pluriel et que ce mouvement abritait des convictions parfois opposées. Certaines féministes sont pour le porno ou la prostitution. Certaines sont pour la maternité tandis que d’autres considèrent qu’elle entrave la liberté de la femme. Au sein même du féminisme, c’est le grand écart entre certaines convictions. En écoutant des témoignages de femmes, d’origines ethniques et sociales variées, j’ai commencé à mettre des mots sur des malaises que je ressentais sans les formuler. Et à faire le lien avec les genres.

La définition que tous ces témoignages ont esquissée est la suivante : le féminisme vise à rétablir l’équilibre entre les hommes et les femmes, non en instaurant une domination de la femme mais une égalité qui n’est pas acquise. Au quotidien, être une femme c’est être sexualisée par des inconnus, calculer sa tenue quand on sort, craindre certains trajets ou avoir peur de rentrer la nuit. C’est avoir peur du viol, subir du harcèlement au travail ou dans la rue. C’est élaborer des stratégies pour ne pas être agressée, se sentir comme une proie. C’est être célibataire, avoir envie de s’amuser, et se faire traiter de salope. C’est voir ces combats niés ou moqués, aussi graves soient-ils.

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Les combats du féminisme questionnent des sujets importants. La maternité et tout ce qu’elle sous-tend : injonction à la maternité, violences et actes médicaux imposés pendant l’accouchement, pressions liées à la maternité… L’avortement, dépénalisé (il y a moins de cinquante ans) mais toujours condamné moralement et culpabilisé, y compris par des professionnels du domaine médical. Le viol, qu’a subi ou subira au cours de sa vie une femme sur dix. Un acte dont la définition légale est basée sur la violence ou la surprise mais pas sur le consentement. Le consentement, une notion négligée – y compris par des femmes qui n’osent pas dire « stop » ou « non » parce que la société les éduque comme ça. La contraception, dont la responsabilité repose sur les femmes (et pour laquelle elles se niquent à coup d’hormones.) Le partage des tâches quotidiennes, l’égalité des opportunités professionnelles, les violences conjugales, le harcèlement de rue…

La genèse de mon féminisme

Ce qui est effarant, c’est la banalité de tout ça. Comme si on l’acceptait, parce que c’est établi. C’est historique : au cours du dernier siècle les femmes étaient emprisonnées dans des rôles subalternes. Si les droits des femmes ont évolué, on est encore loin de l’égalité. Voilà, j’accepte de me faire insulter dans la rue, d’être traitée comme une petite chose fragile, que mon corps soit pathologisé et surveillé dès mon adolescence ou de subir quinze touchers vaginaux sous anesthésie, parce que « c’est comme ça ». C’est ordinaire. Parce que je suis une femme. Je n’ai qu’à faire avec.

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J’aime les hommes et je ne pourrais pas vivre sans eux. Je m’épile les aisselles, j’écoute Orelsan et le Klub des loosers, j’aime le sexe. Je ne méprise pas les hommes et je ne convoite ni leurs testicules, ni leurs privilèges. Je ne porte pas la haine, je porte des convictions. C’est la domination d’un genre sur l’autre, qui me dérange. En tant que femme, j’aimerais « juste » disposer de mon corps comme bon me semble (et qu’il soit respecté par les autres), être maîtresse de mes choix de vie, jouir des mêmes opportunités qu’un homme. Voilà ma définition du féminisme.

Non, une femme n’est pas un homme. Il est indéniable que nous sommes différents d’un point de vue physiologique, anatomique, cérébral, émotionnel…  Pourtant autant, ça ne vaut pas dire qu’on n’a pas la même valeur. J’estime qu’une femme vaut autant qu’un homme et qu’elle a par conséquent droit aux mêmes libertés. Si vous êtes d’accord avec ça, alors posez-vous la question : « ‘est-ce que je ne serais pas un poil féministe ? » 🙂

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Emma Watson, cette femme merveilleuse <3

Envie d’y réfléchir ?

15 mauvaises raisons de ne pas être féministe, par Madmoizelle

Un super podcast de France Culture sur les nouveaux féminismes

Photo en-tête : ideas.ted.com

4 comments on “Et si vous étiez féministe sans le savoir ?”

  1. Mélina dit :

    j’aime me promener sur votre blog. un bel univers. intéressant. vous pouvez visiter mon blog (cliquez sur pseudo) à bientôt.

  2. Angelilie dit :

    beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte. un blog très intéressant. J’aime beaucoup. je reviendrai. N’hésitez pas à visiter mon blog. au plaisir

  3. lasociophobe dit :

    Très bel article, ludique et construit ! Merci !
    J’ajouterais simplement que, si vous semblez affirmer que les hommes et les femmes sont différents, notamment d’un point de vue cérébral et émotionnel, vous vous situez alors du côté des féministes essentialistes. D’autres, constructivistes, sont plutôt convaincues que tout cela dépend de la société et des normes dans lesquelles nous avons grandi. Là encore, votre propos est étayé, puisque c’est la preuve que le féminisme requiert des facettes multiples, parfois mêmes antinomiques. A bientôt !

    1. KMI DN dit :

      Merci pour votre commentaire, c’est un retour précieux !
      Votre éclaircissement sur les mouvements féministes auxquels s’apparentent mes convictions est intéressant et m’invite à pousser plus loin mes recherches. Merci !
      Je me suis abonnée à votre blog : à la fois vos sujets, vos propos et votre style me plaisent.
      Au plaisir !

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