Facebulle, et si le filtre social nous enfermait ?

Suite à l’élection de Donald Trump le 9 novembre dernier, j’ai été, comme beaucoup, effarée par cette élection inattendue, ce fail des sondeurs et médias ou comment internet a fait croire qu’il ne pouvait pas gagner.

La place des réseaux sociaux dans ce contexte est intéressante. D’une part, parce qu’ils ont permis à Trump de contourner les médias traditionnels (dont beaucoup lui étaient hostiles) et d’autre part, parce qu’ils constituent un filtre de l’information qui empêche finalement de prendre le pouls des opinions. Ne trouvez-vous pas effarant que 40% des américains se soient informés uniquement par Facebook dans le cadre de l’élection présidentielle ?


Et si les réseaux sociaux nous enfermaient ?

« J’ai lu sur Facebook que… » , « J’ai vu passer un tweet sur… » L’avènement des réseaux sociaux a bouleversé la façon dont nous communiquons et nous rapportons aux autres mais aussi la façon dont nous nous informons et restons branchés sur le fil d’actualité. Aujourd’hui, beaucoup de plateformes remplissent cette fonction de relais d’information en plus de leur rôle communautaire originel. En France, 9% des internautes déclarent que les réseaux sociaux sont leur principale source d’information. C’est deux fois plus qu’en 2015.(Source)

Facebook est le grand gagnant de cette généralisation des réseaux sociaux en tant que source d’information. Le problème soulevé par ce canal, c’est qu’il est basé sur des algorithmes. Notre feed Facebook est personnalisé sur la base de nos interactions, de notre cercle d’amis, de ce que nous aimons, etc. Je me souviens avoir en avoir discuté avec l’un des dirigeants de Madmoizelle, qui m’expliquait à l’époque que le trafic du site était fortement impacté par la modification des algorithmes de Facebook, désormais basé sur les interactions : ce sont les likes, partages et commentaires, qui font émerger des contenus dans nos feeds. Donc ce à quoi nous sommes exposés, ce sont les contenus qui suscitent le plus d’interactions dans notre cercle.EdgeRank-Algorithme-référencement-Facebook.jpg

Puisque les informations sont filtrées en fonction de nos préférences, cela contribue à nous enfermer dans une « bulle » dans laquelle on n’est exposé qu’à des contenus que nous aimons. Cela peut aussi renforcer le biais de confirmation, qui consiste à privilégier les informations qui confortent nos idées préconçues ou nos hypothèses. On a le sentiment que les autres nous approuvent et qu’une majorité pense comme nous. Or, c’est simplement que nous ne sommes exposés qu’à des personnes et des contenus qui nous correspondent.

Ce flux de contenus filtré exclut donc certaines informations, qui pourraient être des articles critiques sur des sujets qui remportent pourtant notre adhésion. Tout comme certaines personnes choisissent de supprimer de leurs réseaux les membres dont ils découvrent les propos contraires à leur pensée. Le problème, c’est que ça ne permet pas de prendre le pouls des opinions puisque l’on n’est exposé qu’à ce qui est conforme à ce que l’on aime. Peut-on pour autant faire le lien avec le fail de l’élection présidentielle américaine ?

Je crois qu’il ne faut pas ignorer que d’autres ont des orientations et convictions différentes des nôtres. J’entends qu’on n’ait pas envie de lire, par exemple, des propos racistes ou homophobes quand on ne l’est pas. Toutefois, je crois qu’il ne faut pas ignorer qu’il existe pour autant une part de la population qui le soit. Ignorer ceux qui ont des opinions contraires ne permet pas de dresser un panorama fidèle à la réalité et de comprendre le monde. Et si les algorithmes des réseaux sociaux nous coupaient du reste du monde ? Et si on transposait ce filtre dans la réalité ?


… dans de la connerie ?

Deuxième problématique : la pertinence et la véracité des informations diffusées. Il peut s’agir d’informations périmées, ou carrément erronées. Tout à l’heure, j’ai cliqué sur un article dans mon feed Facebook. Il était publié par une page à laquelle j’accorde du crédit et pourtant, il m’a semblé étrangement familier alors j’ai regardé la date de publication : c’était du réchauffé de décembre 2015, re-posté un an plus tard.

Le truc, c’est que certaines personnes ne vérifient pas les dates et ne cherchent pas à savoir si les infos qu’elles lisent sont vraies ou non. Cela me fait penser à une ancienne collègue qui s’était fait tacler par mon boss de l’époque pour avoir trouvé « super cool telle campagne »… qui datait d’il y a quelques années et qu’elle avait vue dans son feed Facebook. Mais ça, ça reste gentillet par rapport à des sites qui produisent des contenus partiellement ou complètement faux.

Ces sites (et parfois, ces personnages publics) diffusent des choses fausses sur internet pour plusieurs raisons. Certains le font parce qu’ils sont enfermés dans une vision du monde qui biaise leur prise de parole ou parce qu’ils détournent des informations pour appuyer leurs propres convictions.  Est-ce que pour créer du trafic ou défendre ses opinions, tous les coups sont permis ?

D’autres le font parce qu’ils cherchent à tout prix le buzz, quitte à mentir purement et simplement, tant que cela donne envie de cliquer. Ces sources se reprennent entre elles sans vérification et peuvent donner l’impression de se confirmer les unes les autres. Sauf que ces sites pour lesquels la véracité n’est pas le premier critère sont quand même lus. Pourquoi certaines personnes ne cherchent pas à savoir si les infos sont vraies ou fausses et les partagent quand même ?

Il est vrai que Facebook a décidé de durcir ses mesures face à la désinformation et aux articles racoleurs et que le réseau autorise ses utilisateurs à gérer les préférences de leur fil d’actualité. Honnêtement, combien les ont définis ? C’est à nous d’être vigilants et de ne pas avaler en toute crédulité les contenus diffusés sur internet (même s’ils appuient nos convictions et qu’on pourrait être tentés de se complaire là-dedans.)

Ne nous contentons pas de voir le monde à travers notre facebulle et, de manière plus large, ne nous complaisons pas dans le confort d’un environnement où tous sont d’accord avec nous, où tout est conforme à notre façon de voir les choses. Essayons d’appréhender notre environnement dans sa globalité et pas seulement à travers le prisme de nos préférences. On ne peut pas débattre sans écouter et je crois que le contact de personnes qui voient les choses différemment de nous permet d’évoluer. Est-ce que ce ne serait pas triste,  de n’être confronté IRL qu’à des gens exactement comme nous ?

A ceux qui voudraient aller plus loin, je recommande :
– ce chouette sujet sur les articles qui relaient de fausses informations
– cette vidéo sur la désinformation sur internet, truffée d’exemples concrets

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