Fakestagram, mon beau miroir

Quand je me connecte à Instagram, je vois des outifts et des tatouages stylés, des fitgirls rayonnantes, des appartements design, des filles ultra minces en bikini, des verres de vin et des cocktails sur fond de Tour Eiffel ou de paysage paradisiaque, des smoothies bowls et des repas healthy ultra appétissants, des manucures et des make-up de bombasse…

Des photos dont je ne sais plus différencier si ce sont celles de marques ou celles de comptes perso, tant elles sont sophistiquées. En particulier si je m’aventure dans « Découvrir », où les nouveaux algorithmes ne semblent plus pousser que des photos ultra likées. Des photos qui pourraient facilement te donner l’impression que ta vie est un peu à chier. Et pourtant, des photos qu’on regarde tous les jours. 

C’est comme de la publicité, sauf que ce n’est pas pour un produit ou un service : c’est la promotion de nos propres vies. Du réseau de partage et d’instantanéité qu’il était à la base, Instagram a évolué. Heureusement, moi aussi. Depuis un an, je ne suis presque plus active. Ne vous méprenez pas : j’adore Instagram. Mais je crois qu’on a pris des chemins différents. Explications :

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Catapultée sur Instagram

Il y a trois ans et demi, j’ai débarqué sur Instagram. Quand je dis « débarquer », c’est aux sens littéral et figuré : je ne pigeais rien à ce réseau sur lequel les gens photographiaient ce qu’ils mangeaient.

Au fur et à mesure, j’ai découvert un réseau ouvert aux communautés ultra engagées, sur lequel des inconnues de la #fitfam t’encouragent pour ta reprise du sport et où des #foodies bavent sur les plats que tu mitonnes (ou que ton mec mitonnes…) Ah oui, et tout le monde cautionne ce brownie ou cette part de cheesecake que tu te tapes ! Amen.

À l’époque, je postais des photos de tout et de rien : food, sport, voyages, produits de beauté, moments de vie… Pas mal de personnes commençaient à me suivre alors je me suis mise à poster tous les jours et à m’appliquer. Alors je me suis laissé aller au jeu de la course aux likes : je savais quelles types de photos suscitaient le plus réactions alors mes publications se sont progressivement resserrées là-dessus. Au bout quelques mois, j’ai eu des centaines d’abonnés, puis quelques milliers.

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Miroir, mon beau miroir

C’était assez cool de poster sa tronche après une séance de sport – genre la photo de profil que tu mettrais absolument pas sur Tinder – et d’avoir des centaines de likes comme pour rigoler. Sauf qu’en vrai, quand je sors de la salle de sport il n’y a jamais deux cent personnes pour me faire une haie d’honneur. Instagram, c’est loin d’être la vraie vie. On sait tous la vérité derrière nos photos que les autres ne savent pas – une vérité de plus en plus dénoncée : postures incongrues pour paraître mince, cinquante selfies pour une photo publiée, directives des marques…

Mon propre Instagram n’était pas une représentation fidèle de ma life. Les photos de bouffe à faire baver d’envie à une époque où mon poids était en chute libre, par exemple. Ce qui me gênait, c’était à la fois cette hypocrisie et la frustration de ne pas m’accorder le droit de m’assumer. Parce que « tout le monde fait ça » : on maquille nos vies pour les exposer dans des galeries en espérant l’approbation des autres. Et on envie la vie des autres, en défilant ces galeries de bonheur dont on ignore si c’est du fake ou pas.

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Ce gif me laisse sans voix.

C’est lisse tout ça et ça me lasse

C’est comme si Instagram s’était homogénéisé pour créer une représentation de vie idéale, qu’on mate tous les jours et qui ne me semble pas saine. On voit émerger des mouvements qui commencent à démonter un peu tout ça et je m’en réjouis. Ca m’importe quand même de le dire en mon propre nom : cette représentation de la vie n’est pas la mienne. Je n’ai plus envie d’adhérer à cette hypocrisie, au social proof, à la pression physique, etc.

La course aux followers, c’est fini. On n’a pas besoin de followers pour aimer sa vie ou la personne que l’on est. De toutes façons, c’est impossible puisque ce qu’on donne à voir n’est pas le vrai nous. Je n’ai plus envie de prendre une photo déjà prise cent fois par d’autres, une photo qui ne signifie rien pour moi. Je n’ai envie ni de contempler ni de fabriquer du bonheur en toc.

Ca peut sembler plus confortable de se réfugier dans les apparences plutôt que de montrer qui on est vraiment. C’est plus rassurant de « faire comme tout le monde » plutôt que de prendre le risque de se montrer différent. Pourtant, c’est dommage d’agir par mimétisme parce que ça plaît au plus de gens possible : je pense que ça étouffe nos potentiels. Car plus que de plaire à un maximum de gens, ne vaut-il pas mieux plaire pour ce que l’on est vraiment ?

Arrêtons de faire la mise en scène de notre vie, vivons-la.

Crédit photo d’en-tête : Chompoo Baritone

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