Lucio Bukowski, longue vie aux indé

Ce week-end prolongé du 11 novembre ne manquait pas d’occasions de sortir sur Lille. Aux Nuits Électriques, j’ai préféré un concert du rappeur Lucio Bukowski à la Maison Folie Moulins (Tour de Chauffe #11).

Samedi, Lucio était accompagné du beatmaker Oster Lapwass, figure montante de la scène hip-hop et chef de file du collectif lyonnais L’Animalerie. Si rap rime pour beaucoup avec scènes parisiennes ou marseillaises, il existe à Lyon une pépinière de talents qui se regroupe depuis quelques années autour du beatmaker-pondeur-de-merveilles Oster Lapwass. A Lyon, il n’y a jamais eu de grand groupe leader à la renommée nationale : « chacun fait ce qu’il veut, sans style à respecter, sans patron », explique Oster Lapwass (source)

Dans ce petit zoo lyonnais qu’est le crew L’Animalerie, cohabitent dans la fraternité et l’entraide plusieurs animaux sauvages d’origines et de caractéristiques diverses : des MCs, beatmakers, réalisateurs, grapheurs, etc. On retrouve, pour les MCs les plus connus : Lucio Bukoswki, Kacem Wapalek, Anton Serra… et d’autres que vous pouvez retrouver sur le site du crew (il y a même une gonz !)

J’ai découvert Bukowski par le biais d’un ami (ben oui, je connaissais Charles mais pas Lucio…) Quand je l’ai écouté pour la première fois, je n’ai vraiment pas aimé son flow. Mais en prêtant attention à ses textes, j’ai découvert un rap très empreint de littérature et de poésie, une écriture très personnelle. En persévérant, j’ai pris goût au flow de ce type cinglant, pessimiste, amer et en même temps cultivé, spirituel, poignant.

En fouillant un peu, j’ai découvert un rappeur qui aimait la littérature, un personnage cultivé et inspiré par des penseurs politiques et philosophiques. Un mec qui n’écrit pas pour plaire et dont la façon de penser m’inspire :  » C’est se suicider que d’écrire pour plaire à telle ou telle personne. Je fais ma musique et ça parle aux gens, ou ça ne leur parle pas… […] On est content de trouver un écho. C’est autre chose, quand tu le fais pour toi, mais que ça trouve un écho, c’est du bonus. Mais il ne faut pas que cela devienne l’essence qui nourrit ton moteur, il ne faut jamais rien faire en fonction de ce qu’il y a en face, c’est important. » (source)

J’ai lu une interview envoyée par mon ami (kassdédi, mec, et mille merci pour la reco), où Lucio explique s’être à une époque »gavé » de littérature, de culture et met le doigt sur la difficulté de prendre ses distances vis-à-vis de ceux que l’on considère comme des maîtres de pensée – ou des maîtres dans leurs domaines – pour construire son propre cheminement. Il évoque aussi le danger de perdre sa propre pensée et l’importance de conserver son esprit critique.

Le discours et les textes de Lucio sont empreints par la détermination de conserver son intégrité et son indépendance- cohérente avec son statut d’artiste indépendant, qu’il revendique fièrement et à raison. Empreints également par les thèmes récurrents que sont la mort, le temps qui passe, le statut et l’intégrité de l’artiste et autres questionnements existentiels, que l’on sent mûrir au fil des albums.

Derrière un flow qui de prime abord ne me plaisait pas, se cachait un poète que j’ignorais. Il y a quelques années, j’avais horreur du rap. Depuis, j’ai fait des découvertes qui m’ont fait changer d’avis : des mecs comme Oxmo et puis de moins connus comme Lucio, Dooz Kawa, Odezenne… des mecs qui ne passent pas sur Skyrock et que j’apprécie beaucoup.

Il y a plein d’artistes talentueux qui se donnent encore la peine d’écrire de vrais textes (et qui ont des trucs pas cons à dire) ou qui font de la bonne musique et qu’on n’entend pas à la radio. Je ne vais pas m’étendre sur ce que diffusent les médias mais ça me pousse à m’interroger sur le statut d’artiste, sur l’intégrité et sur la nécessité ou pas d’être représenté.

J’ai envie d’encourager les artistes qui ont choisi et qui assument de s’affranchir de l’égide d’une maison de disques ou d’une maison d’édition. Les poètes ignorés, comme les grands peintres et artistes de toutes époques l’ont généralement été. Le fait d’être représenté par une maison de disque, d’être publié par une maison d’édition, etc. vaut-il encore comme un gage de qualité ? Notamment avec le Web, un artiste a-t-il encore besoin de « l’approbation » d’une maison pour trouver un public ? Je crois que c’est juste à nous d’être curieux.

J’aurais pu claquer 60e pour un Pass Nuits Electriques. Mais pour 5 balles, les saletés poétiques de Lucio et le beat d’Oster m’ont fait frissonner à la Maison Folie. Et j’en redemande. Et vous, vous en prendrez bien un peu ?

Petite playlist si t’es curieux :
Lucio Bukowski & Nestor Kéa – L’art raffiné de l’ecchymose
Lucio Bukowski & Oster Lapwass – Rubaïyat
Lucio Bukoswki & Oster Lapwass – Portraits
Lucio Bukowski & Oster Lapwass – Oderunt Poetas
Lucio Bukowski & Anton Serra – Tintin au Congo

Crédit Photo : Lionel Faure

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