Régime sans anxiété, la leçon de Rockefeller

Si l’on connaît John Davison Rockefeller comme partie intégrante du mythe américain des self-made men, premier milliardaire de l’époque contemporaine, on sait moins comment il a vécu 45 ans en sursis et quelle leçon il a à nous apprendre au sujet du bien-être.

À 23 ans, John D. Rockefeller a amassé son premier million de dollars. À 43 ans, il détenait le monopole de son marché avec la compagnie Standard Oil. Et à 53 ans, les soucis et une vie à haute tension avait déjà ruiné sa santé : selon sa biographe, il ressemblait à une momie et souffrait de troubles digestifs étranges qui le contraignaient à se nourrir uniquement de lait et de pain. Il avait perdu ses cheveux et ses cils, condamné à porter des perruques pour le restant de ses jours.

Elevé dans une ferme, Rockeffeler était pourtant un homme vigoureux, aux épaules robustes, au port assuré, à la démarche rapide… Pourtant, à 53 ans – alors que beaucoup d’hommes sont dans la fleur de l’âge – il renvoyait l’image d’un vieil homme aux épaules tombantes et à la démarche trainante. Le manque de repos et d’exercice, les nuits blanches, le travail ininterrompu et les soucis l’avaient mis à terre. Il était alors l’homme le plus riche et le milliardaire le plus jeune de son époque, et pourtant il était soumis à une diète qu’un pauvre aurait dédaigné, réduit à se nourrir de craquelins et de lait acidulé. Toute sa fortune ne servait qu’à payer des soins médicaux qui ne garantissaient pas sa survie.

Comment en est-il arrivé là ? À cause d’une vie continuellement sous pression et sous tension. Déjà à 23 ans, il poursuivait son but avec une détermination si féroce que seule l’annonce d’une bonne affaire le réjouissait. S’il perdait de l’argent, même une somme infime comparée aux profits faramineux de son entreprise, il se rendait malade. Il n’avait pas de temps pour se distraire ou se reposer. Il ne sortait jamais, ne s’amusait jamais. Il voulait être apprécié mais il n’avait pas confiance en l’être humain et son attitude était si froide que personne n’éprouvait de sympathie pour lui. Ses associés et collaborateurs avaient peur de lui.

Au sommet de la prospérité, la vie privée de Rockefeller a basculé : les médias dénonçaient le requin de l’industrie de la Standard Oil et l’élimination impitoyable de ses rivaux. Exécré par les hommes qu’il avait écrasés, il recevait des lettres de menace au bureau et se faisait protéger par des gardes du corps. Il a toutefois découvert qu’il était humain et qu’il ne lui était pas possible d’encaisser à la fois la haine et les soucis : sa santé a commencé à se détériorer davantage. Il était très déstabilisé par ce nouvel ennemi qui l’attaquait de l’intérieur – la maladie. Tous ces symptômes devenaient difficiles à dissimuler et les médecins lui annoncèrent la vérité crue : il avait le choix entre son argent et les soucis ; ou sa vie. Il devait se retirer des affaires ou mourir.

Alors Rockefeller a choisi de se retirer. Lorsque les médecins ont entrepris de lui sauver la vie, ils lui ont imposé trois règles à observer à la lettre le restant de sa vie :
1 ) éviter les soucis, ne jamais s’inquiéter de rien ;
2 ) se détendre et faire beaucoup d’exercice au grand air ;
3 ) surveiller l’alimentation et s’arrêter de manger en ayant encore faim.

Pour sauver sa vie, Rockefeller s’est plié à ses règles. Il s’est mis au golf, à parler avec ses voisins, à participer à des jeux… Pendant ses jours de supplice, il a aussi eu le temps de réfléchir et a commencé à penser aux autres. Il a arrêté de se demander comment gagner de l’argent mais plutôt ce que cet argent pourrait apporter en bonheur humain. Il a commencé à distribuer ses millions, en donnant des fonds à des universités et en finançant la recherche contre la maladie. Il a créé la Fondation Rockefeller pour combattre la maladie et l’ignorance. C’est notamment en contribuant à l’éradication d’épidémies, que Rockefeller a compris à quoi servait sa fortune.

À l’époque, il n’y avait jamais eu d’initiative semblable. Des visionnaires tentaient de mettre sur pied des initiatives utiles à l’humanité : ils fondaient des collèges, combattaient des maladies. Mais trop souvent, leurs efforts étaient contrecarrés faute de moyens. Rockefeller a décidé de leur donner de l’argent, non pour les contrôler mais pour les épauler. Nous pouvons notamment lui être reconnaissant pour la pénicilline, le remède contre la méningite spinale et des douzaines d’autres découvertes mais aussi les percées dans les recherches contre la malaria, la tuberculose, la grippe et bien d’autres maladies.

En distribuant son argent, Rockefeller a trouvé la paix d’esprit. Il avait changé du tout au tout et ne se faisait plus de soucis. Et même lorsque la Standard Oil a été condamnée à payer les plus fortes amendes de son histoire, Rockefeller a refusé de passer une nuit blanche à ruminer ses pertes. La Standard Oil a perdu la plus grande bataille juridique de l’époque et lorsque l’avocat de la défense à appelé Rockefeller pour le lui annoncer en essayant de le ménager, le milliardaire lui a répondu : « j’ai bien l’intention de passer une bonne nuit. Et ne vous en faites pas, vous non plus. » Ce sont les paroles d’un homme qui s’était rendu malade pour une perte de 150 dollars et qui a mis du temps à apprendre à dominer ses soucis.

À 53 ans, Rockefeller était mourant. Pourtant, il a vécu jusqu’à 98 ans.

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Source : Dominez le stress et les soucis – Dale Carnegie

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