Sexualité : libérons-nous des normes de genres !

Dans mon dernier article, j’évoquais le consentement, une notion souvent bafouée à laquelle on n’éduque ni les femmes, ni les hommes. J’expliquais que cette banalisation des relations non consenties provenait notamment d’un imaginaire collectif de la séduction et du sexe dans lequel nous avons été éduqués…

Imaginaire de la séduction et passif de domination

Ce sont des normes de genre : les hommes sont censés être actifs et les femmes passives, c’est comme ça depuis longtemps même si cela commence à changer. C’est l’homme qui prend l’initiative et la femme se laisse faire. À travers les âges et le monde, il y a un passif de domination masculine qui fait rend difficile le dialogue au sujet de la sexualité. Et tout ça c’est sans parler de l’impact de la pornographie sur l’éducation au sexe.

Peut-on en vouloir aux garçons puisqu’ils ont été élevés avec ces normes ? D’ailleurs, ils les subissent à leur façon, par exemple avec la pression liée à « la performance » : un garçon, ça doit bander dur, bander fort, être viril, etc. À l’époque de la domination romaine, la virilité ne repose pas sur le courage ou la force guerrière mais sur la capacité à pénétrer sexuellement un partenaire – peu importe d’ailleurs que ce soit un homme ou une femme, un citoyen ou un esclave : ce qui compte c’est d’être celui qui pénètre et pas celui qui est pénétré.

Ce rapport de domination contribue à expliquer pourquoi les hommes sont aussi déstabilisés par les maladies liées à « leur virilité ». D’abord, contrairement aux femmes, ils n’ont pas l’habitude de baisser leur pantalon chez un médecin. Ensuite, il y a la désagréable étape de dépistage du TR, qui revient littéralement à « être pénétré ». Et enfin, la peur de ne plus pouvoir pénétrer. Et donc, de perdre le pouvoir.

Or, être viril, est-ce seulement pénétrer ? Les hommes ne subissent-ils pas, eux aussi, ces normes de genre ? France Inter a dédié un podcast à ces questions, qui fait réfléchir sur les pressions exercées sur les hommes au sujet de ce qu’on appelle « leur virilité ». Une virilité normée, elle aussi. Mais je crois qu’on peut être un homme viril de mille façons, comme on peut exprimer de la féminité d’une multitude de manières.


Vers une sexualité libérée des normes de genres

Ce qu’il faudrait, c’est redéfinir ce qui est désirable et ce qui ne l’est pas. Voir du désir exprimé, c’est excitant. Voir une nana amorphe qui se laisse faire, non (cf sujet sur le consentement). Ça prendra du temps parce que cela renvoie à des questions très profondes : aujourd’hui, c’est quoi être un garçon, être une fille ; être un garçon désirable, être une fille désirable ? Ce sont des questions identitaires profondes et ça prendra du temps.

Ce qu’il faudrait, c’est faire bouger les lignes sur l’actif et le passif et permettre aux femmes de désirer – parce que les femmes peuvent avoir, elles aussi, un désir très fort. Légitimons le désir féminin : laissons aux femmes le droit de désirer et de le dire. Peut-être qu’il sera plus facile de dire quand elles n’ont pas envie. Et puis, laissons aux hommes le droit de désirer mais aussi de se laisser draguer, de se sentir désirés…

Ce qu’il faudrait, c’est envisager une sexualité libérée de cette domination et de ces rôles. Cela ne soulagerait-il pas à la fois les hommes et les femmes, libres d’être eux-mêmes et de vivre une sexualité plus attentive et plus intense puisque libérée de ces normes qui fabriquent leurs envies ?

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